La suite italienne de Game of Thrones
Le dénouement de la série télévisée américaine “Game of Thrones” vient à peine d’être diffusé et nous assistons déjà à une suite italienne. Pas de Daenerys Targaryen, Jon Snow ou Cersei Lannister cette fois, mais bien Matteo Salvini, Luigi Di Maio et… Silvio Berlusconi! La lutte pour la conquête du trône italien a commencé vendredi dernier, après que le vice-Premier ministre et chef du parti de la Ligue Salvini a fait éclater la coalition avec le Mouvement 5 étoiles (M5S). Las des désaccords avec l’autre vice-Premier ministre et chef du M5S, Di Maio, il veut convertir ses sondages d’opinion favorables en succès électoral. À l’issue de nouvelles élections anticipées, il espère demeurer seul maître à bord en tant que Premier ministre d’un gouvernement de centre-droite.
Salvini a officiellement déposé une motion de censure contre le gouvernement du Premier ministre Conte. Le Sénat italien doit décider de la date du vote ce soir. Si le gouvernement tombe, la balle sera dans le camp du président italien Mattarella, le seul à pouvoir effectivement dissoudre le parlement et convoquer de nouvelles élections. Cependant, les médias italiens suggèrent que la situation n’évoluera pas nécessairement en ce sens. En effet, dans les couloirs du parlement italien, le M5S et le parti d’opposition démocratique, le PD, sont en train de se faire la cour. Le parti PD est celui de l’ancien Premier ministre Renzi. Bien que le M5S et le PD n’aient pas du tout été sur la même longueur d’onde ces dernières années, leur intérêt commun (éviter des élections anticipées) pourrait suffire à mettre en place une coalition nationale temporaire. Celle-ci pourrait par exemple se charger du budget de 2020 dans une période critique (l’automne) avant de se rendre à nouveau aux urnes. Dans ce cas, Mattarella ferait face à un dilemme: donner une chance à une coalition “anti-Salvini” impopulaire ou non? Car entre-temps, la Ligue atteint quelque 40% dans les sondages.
En outre, il n’est pas dit qu’une telle coalition nationale ne se retrouvera pas au bout du compte en minorité. En théorie, le M5S et le parti démocratique peuvent obtenir une faible majorité dans les deux chambres; cependant, ce mariage potentiel se heurte pour l’instant à des réticences internes. En quête d’un troisième partenaire, ils lorgnent dans la direction de Forza Italia, le parti de… Silvio Berlusconi! Celui-ci occupe soudain une position pivot, car il peut s’associer à une grande coalition pour éviter des élections. Les sondages d’opinion lui sont d’ailleurs très défavorables. En même temps, le parti reçoit des avances de la part de la Ligue et des Frères d’Italie: ceux-ci espèrent que Berlusconi rejettera la perspective d’une coalition au profit d’une alliance de centre-droite aux élections suivantes. Cerise sur le gâteau, une telle combinaison aboutirait peut-être à une majorité des 2/3 – ce qui permettrait de modifier la constitution. La suite au prochain épisode…
Vendredi, les actifs italiens surtout ont fait les frais de la situation politique. À la fermeture, la bourse de Milan avait encaissé une perte de 2,5%. Par rapport aux taux d’intérêt allemands sûrs, la prime de risque italienne a augmenté de 29 points de base pour atteindre 235 points de base (voir graphique) – soit le niveau le plus élevé depuis juin 2016. Le mouvement s’est interrompu, mais il ne faut pas crier victoire trop vite: l’instabilité politique n’est pas écartée et restera un facteur négatif pour les actifs italiens dans les semaines et les mois à venir. Les investisseurs craignent de n’avoir pas encore vu le vrai Salvini. L’euro s’est bien défendu et reste en terrain connu, autour de 1,12. Affaire à suivre…
Mathias Van der Jeugt, salle des marchés KBC